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Vive la France quand même ! : IntroductionVive la France quand même ! : Introduction


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Vive la France…quand même

Introduction

« Vive le Roi quand même ! » lançaient comme un défi les ultra-monarchistes pendant la Restauration, attablés au café de Chartres (devenu le Grand Véfour) tandis qu’ils contemplaient les jardins du Palais Royal – ce qui prouve qu’à défaut de sens politique, ils avaient du goût. Ils condamnaient la politique de Louis XVIII qui leur paraissait complaisante envers les idées de la Révolution, mais ils proclamaient leur attachement au principe de la monarchie, un principe qui perd toute substance sans la fidélité à celui qui l’incarne. « Vive la France quand même ! » lançons-nous attablés au Grand Véfour tandis que nous contemplons les jardins du Palais Royal. Nous pouvons déplorer les mesures inappropriées, les blocages ou les échecs. Mais sans renier notre fidélité – c’est de là que nous venons, c’est là que nous vivons et l’avenir de ce pays conditionne le nôtre. Il ne s’agit pas de tomber dans le travers bien français de l’autodénigrement. « Vive la France quand même ! » possède une autre signification et c’est elle que nous voulons mettre en avant dans cet ouvrage. Il s’agit de montrer que, malgré les difficultés actuelles, malgré le retour en force du thème du « déclin », la France détient quelques cartes fortes dans le grand jeu de la mondialisation.

« La France est hantée par l’idée de déclin » notait Christian Stoffaes. La crainte est présente dès le début du XXe siècle et elle s’alarme surtout de la stagnation démographique. Dans les années 1930 c’est la comparaison économique et géopolitique avec l’Allemagne qui l’entretient. Dans les années 1980 et 1990 elle se nourrit de la confrontation avec le modèle anglo-saxon et des succès de la « nouvelle économie » américaine. Au début des années 2000 c’est l’affirmation des émergents qui ravive les inquiétudes. Dans le chapitre qui conclut cet ouvrage, Jean Kogej fait le bilan de tous ces avatars du « déclin » et du « retard » français (cf. conclusion). Pour simplifier, disons que trois perceptions de la situation française coexistent aujourd’hui. Pour les uns, le déclin n’existe pas. Ils notent que la France conserve en 2000 la même place dans l’économie mondiale qu’en 1900 – cinquième ou sixième selon les calculs -, des parts de marché proches dans le commerce mondial. Ils pointent les succès indéniables – les secteurs moteurs (cf. chapitre V), les performances des plus grandes entreprises (cf. chapitre VI), le dynamisme démographique (cf. chapitre III) ce qui fait un changement d’importance par rapport à 1900. Ils mettent l’accent sur les vertus du modèle qui nous permettrait de mieux résister à la crise actuelle que nos partenaires (cf. chapitre X). C’est un portrait nuancé de la France qu’ils peignent avec ses ombres et ses saillants et, globalement, son maintien dans l’économie mondiale. Ce portrait pouvait faire illusion jusqu’à la fin des années 1990. L’émergence des BRIC remet tout en question. La France sera bientôt la huitième ou neuvième puissance mondiale par le PIB, ses parts de marché se réduisent rapidement, les délocalisations vers les pays émergents s’accélèrent. Un fait indéniable que l’on peut interpréter de deux façons. On peut d’abord noter que le déclin concerne tous les pays occidentaux et que, parmi eux, la France fait plutôt bonne figure. Face au « déclin » », il s’agit d’une version atténuée du « maintien français » qui rappelle la fable du borgne roi aux pays des aveugles. La France ne s’en sort pas bien, mais moins mal que les autres. A l’opposée, la thèse radicale des « déclinistes ». Nicolas Baverez l’a illustrée avec éclat voire avec provocation dans son essai La France qui tombe . Il ne respecte rien, même pas le modèle dans lequel les partisans du « maintien » voient notre principal recours. Il accumule les chiffres inquiétants et conclut que, sauf changement radical, le déclin est inéluctable. Dans le groupe des pays développés en recul, la France figurerait parmi les derniers et ferait beaucoup moins bien que ses partenaires. Prophète de malheur ! Les Cassandre sont rarement populaires, elles ébranlent les positions acquises et les idées reçues. Nicolas Baverez n’échappa pas à la règle. Pourtant un point mérite d’être noté : des trois positions présentées – maintien, déclin relatif ou déclin absolu -, aucun ne prétend que la position française dans l’économie et la géopolitique mondiales progresse –les difficultés rencontrées en Afrique depuis une vingtaine d’années parlent d’elles-mêmes (cf. chapitre XVI). Les plus optimistes se rabattent sur le modèle social et la qualité de vie qu’il autorise ainsi que sur des succès ponctuels toujours susceptibles d’être remis en question – le nucléaire, l’aéronautique ou les « industries vertes » (cf. chapitre IX). Il est loin le temps des Trente Glorieuses lorsque les Français éprouvaient la double expérience d’une amélioration individuelle de leur sort et d’une affirmation de leur pays dans le monde : au milieu des années 1960 le PIB de la France rattrape celui du Royaume-Uni. Au début des années 1970 le futurologue Hermann Kahn voit en elle le « Japon de l’Europe » et prédit que son économie dominera le continent européen. On sait ce qu’il est advenu de cette imprudente prévision.

Déclin absolu. Déclin relatif. Maintien que l’on peut aussi appeler stagnation. Chacun choisira le terme qu’il préfère. Cet ouvrage permettra de trancher en toute connaissance de cause sans imposer de solution toute-faite, en refusant de pratiquer ces deux sports nationaux que sont l’autoflagellation associée à la repentance et l’autoglorification doublée du ressentiment. Nous imposons d’autant moins une réponse catégorique que nous sommes persuadés d’une idée paradoxale : peu importe finalement que le déclin soit réel ou fantasmé. Comme le montre Jean Kogej en conclusion, ce qui compte est l’idée de déclin qui joue dans l’histoire de France un rôle moteur et positif, qui pousse à la réaction et l’action, qui justifie l’une des plus belles déclarations d’amour adressées à la France, cette nation « créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires » selon les premiers phrases des Mémoires de guerre du général De Gaulle. Paradoxalement, le plus grand atout des Français dans la mondialisation pourrait bien être leur peur du déclin.

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Les auteurs :

Pascal Gauchon Jean-Marc Huissoud


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