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Le Festival de Géopolitique et de Géoéconomie : bilanLe Festival de Géopolitique et de Géoéconomie : bilan


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Depuis quelques années, les questions géopolitiques font un retour en force dans le monde des affaires. Et en retour, la géopolitique intègre davantage les grandes données économiques. En 2009, le premier Festival de géopolitique et de géoéconomie de Grenoble, organisé conjointement par Grenoble Ecole de Management, l’association Anteios et les Presses universitaires de France, s’était penché sur la notion de « guerre économique ». En s’intéressant aux « atouts de la France dans la mondialisation », la seconde édition du Festival complétait la précédente. Le lien a d’ailleurs été assuré par Bernard Esambert, ancien conseiller de Georges Pompidou et inventeur de la formule. Le thème de son intervention était « La France a-t-elle perdu la guerre économique ? ». Nul défaitisme toutefois ! Sa conclusion se révéla plutôt optimiste : une guerre n’est perdue que par celui qui cesse de combattre et la France dispose de suffisamment d’atouts pour ne pas baisser les bras. Encore faut-il ne pas pêcher par naïveté, ce que Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de guerre économique rappelait dans son intervention : en retard d’une guerre, la France a pris tardivement le train de cette nouvelle forme de conflit.
Ces interventions justifiaient le titre choisi pour le Festival : Vive la France quand même ! Il s’agissait d’éviter de tomber dans deux travers nationaux, la repentance masochiste et l’autosatisfation béate. Donc de porter un regard lucide sur notre pays et de contribuer à sa nécessaire remobilisation : comme l’a rappelé J. Damon, les Français ne sont-ils pas le peuple le plus pessimiste face à l’avenir et à la compétition internationale ? Un sentiment démotivant et, bien sûr, très excessif.

 Des atouts indéniables, mais insuffisamment exploités !

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La France ne manque pourtant pas d’atouts dans la mondialisation. De nombreux intervenants les ont rappelés : le dynamisme démographique (G.-F. Dumont, « La France un géant démographique en Europe ? »), une cohésion sociale reposant entre autres sur des inégalités moins fortes qu’ailleurs, contrairement à ce qui est souvent affirmé (J. Damon), le rayonnement culturel (P. Moreau Defarges), des fondamentaux économiques relativement solides (T. Snégaroff), un modèle qui a montré certaines vertus dans la crise (C. Telenne), des spécialisations industrielles pointues (F. Munier), l’une des premières armées de la planète (général de Bonnemaison et Louis Gautier), un enseignement supérieur efficace (débat animé par Emmanuel Davidenkoff)… Bien sûr toutes ces affirmations étaient immédiatement nuancées (F. Munier pointant les risques de désindustrialisation, L. Gautier le recul de l’effort de défense ou J. Damon les problèmes nouveaux posés par les banlieues).

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Les deux débats du samedi après-midi ont été l’occasion d’approfondir ce bilan. Plus économique, celui entre J.-F. Eck, N. Lecaussin et N. Baverez était placé sous le signe d’un hommage à Jacques Marseille récemment décédé. Dans la lignée de celui-ci, les intervenants se firent plus critiques et soulignèrent les limites du modèle français, en particulier le poids que l’Etat fait peser sur les entreprises et les cerveaux, au risque de provoquer leur exode. Pressé de questions par la salle, Nicolas Baverez assuma sans enthousiasme le qualificatif de « déclinologue » qui lui est volontiers attribué depuis son ouvrage La France qui tombe. Mais il le précisa de deux façons. D’abord il n’a aucun plaisir à constater le recul de la France sur le plan économique, il se sent aussi patriote que ceux qui brossent un tableau idyllique, mais son patriotisme est de lucidité, non de complaisance. Ensuite il ne nie pas que la France possède de nombreux atouts – la qualité de ses infrastructures, la productivité de sa main-d’œuvre, la réputation de son art de vivre… La France devrait être l’un des pays les plus attractifs et les plus compétitifs du monde. Pourquoi donc n’est-ce pas le cas ?

 Une puissance moyenne… au rayonnement mondial !

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Le débat avec Hubert Védrine devait aborder le thème du Festival sous un angle plus géopolitique. Le titre de son intervention résumait toute la difficulté à cerner le rang de la France dans le concert des nations : « La France est-elle une grande puissance moyenne ? » D’une certaine façon, l’ancien ministre des Affaires étrangères approuva la formule inventée par Valéry Giscard d’Estaing. Une grande puissance, c’est une puissance qui peut assurer seule sa sécurité – la France qui, sur ce plan, dépend, qu’elle le veuille ou non, des Etats-Unis, n’est donc plus une grande puissance. Mais faut-il pour autant la reléguer au rang de puissance secondaire ? Ce n’est pas l’avis d’H. Védrine Quels que soient les critères que l’on veut adopter, elle se situe dans les dix premières mondiales sur plus de 190 nations présentes à l’ONU. Et de rappeler le siège permanent au conseil de Sécurité, la francophonie, l’arme atomique, les fondements économiques, l’influence dans le monde. En ce qui concerne les relations avec l’Afrique, que le sommet de Nice mettait à l’honneur, l’ancien monistre se montra raisonnablement optimiste : bien sûr, les pays africains se tournent aujourd’hui plus largement vers les Etats-Unis ou la Chine qui les courtisent désormais activement. Mais il s’agit pour eux d’un jeu d’équilibre afin d’échapper à une influence unique. La même raison conduit ces pays à conserver des liens forts avec la France afin de ne pas dépendre seulement de Pékin ou de Washington. Des relations à redéfinir donc, mais pas à abolir.

 La lucidité, levier d’un nécessaire sursaut

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La conclusion du colloque, paradoxale, devait être apportée par Jean Kogej dans son exposé final sur le « mythe du retard français » : le retard et le déclin sont des mythes, sans doute, mais ils ont une vertu : ils poussent à se dépasser. Le mot de la fin fut pour Pascal Gauchon, président d’Anteios, qui clôtura les travaux qu’il avait ouvert vendredi aux côtés de Thierry Grange, président du groupe Grenoble Ecole de Management : des grognards aux contestataires, la grande vertu des Français est d’être en permanence insatisfaits. Quand ils sont insatisfaits de ce qu’ils ont, cela peut certes conduire à la contestation permanente et au blocage. Mais lorsqu’ils sont insatisfaits de ce qu’ils sont, cette remise en question et cette lucidité deviennent les leviers du rebond. La peur du déclin… antidote au déclin !

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Un Festival n’est pas un colloque. Bien d’autres activités étaient proposées aux participants : exposés et débats avec Michel Foucher sur la cartographie, Frédéric Encel sur la politique française au Proche Orient, Pierre Verluise sur la France dans l’Union européenne…, ateliers d’innovation pour les cadres d’entreprise, cafés géopolitiques animés par Jean-Marc Huissoud, « carrefour de la géopolitique » où exposaient revues et associations, jeux stratégiques… Le Maroc, invité d’honneur, était représenté par de nombreux intellectuels, dont des enseignants de l’ESCA de Casablanca (Bouchra Rahmouni Benhida sur les énergies renouvelables, Mohammed Rhalib qui a répondu à la question « comment être partenaire au Maroc ? »…).

 Rendez-vous donné pour une troisième édition en 2011 !

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Indiscutablement cette seconde édition a été en forte progression par rapport à la précédente. La diversité des activités, l’intérêt porté à l’événement par la presse, tant locale que nationale, et le nombre de participants (un millier de personnes) sont venus valider l’intuition de Grenoble Ecole de Management et de l’association Anteios : dans un monde plus complexe, plus imprévisible et à bien des égards plus tragique qu’auparavant, la géopolitique jouit d’un regain d’intérêt auprès des décideurs et futurs décideurs économiques. Une bonne raison pour préparer dès à présent la troisième édition qui sera consacrée au thème du risque.

 Hubert Védrine

La formule est de Valéry Giscard d’Estaing et date des années 1970. A-t-elle encore un sens aujourd’hui ? La France, qui représente 1 % de la population mondiale, reste-t-elle un pays qui compte ?
Ce sont les questions qu’a abordées Hubert Védrine lors de son intervention lors du Festival, le samedi 29 mai

Biographie d’Hubert Védrine

Diplômé de Sciences Politiques, licencié en histoire, ancien élève de l’ENA. Après des fonctions au ministère de la culture et de l’équipement de 1974 à 1979, puis aux Affaires étrangères de 1979 à 1981, il est appelé en mai 1981 à l’Elysée par le Président Mitterrand comme conseiller diplomatique.
Il est nommé porte parole de la Présidence de la République et conseiller pour les affaires stratégiques (1988 - 1991), puis Secrétaire général de l’Élysée (1991 - 1995).
De juin 1997 à mai 2002, Ministre des Affaires étrangères dans les gouvernements de Lionel Jospin.
2003, Création d’Hubert Védrine Conseil,
2003, Président de l’Institut François Mitterrand.
2004, Entrée au Conseil d’Administration de LVMH.
2007, Le Président de la République Nicolas SARKOZY lui confie le Rapport sur la Mondialisation.

Bibliographie

  • 1996 « Les Mondes de François Mitterrand », sur la politique étrangère conduite par ce dernier de 1981 à 1995, Fayard.
  • 2000, livre d’entretiens avec Dominique Moïsi « Les Cartes de la France à l’heure de la mondialisation », Fayard.
  • 2003 « Supplément au voyage en Onusie » avec Alain Dorset, Fayard. Un recueil de textes et d’articles, « Face à l’Hyperpuissance », Fayard.
  • 2006, Gallimard, collection « Découvertes », « François Mitterrand, un dessein, un destin ».
  • 2007 Fayard « Continuer l’Histoire » et « Rapport pour le Président de la République sur la France et la mondialisation ».
  • 2008, « Atlas du monde global », avec Pascal Boniface (Armand Collin, Fayard)
  • 2008, Fayard, version augmentée de « Continuer l’hitoire », traduite en anglais en octobre par la Brookings Institute « History strikes back ».
  • 2009, Fayard, « le temps des chimères » recueil de textes et d’articles, 2003-2009.
  • 2009, « Atlas des crises et des conflits », avec Pascal Boniface, (Armand Colin, Fayard).


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